Regard d’un cinéphile sur le cinéma québécois

Si vous êtes un lecteur assidu de 4MTL, vous savez que j’ai écrit vendredi passé sur les Rendez-vous du cinéma québécois, le festival annuel de films produits au Québec qui est en cours cette semaine. Ce que vous ne savez pas, c’est qu’on m’a reproché dans un commentaire (qu’on n’a pas pu permettre de publier en raison de sa vulgarité) de ne pas savoir de quoi je parlais. Même si je soupçonne ce commentateur de ne pas avoir lu l’article au complet, je dois avouer qu’il n’a pas complètement tort: comme plusieurs amateurs de cinéma au Québec, je suis loin d’être un spécialiste du cinéma de la patrie qui est chère à mon coeur.

Afin de répondre à ce manque, j’ai fait des recherches sur ce qui s’est passé dans le monde du cinéma québécois en 2009 et je vous propose aujourd’hui un article sur les résultats de mes recherches.

Selon la Régie du cinéma québécois, 21 longs métrages de fiction québécois sont sortis en salle en 2009. En regardant les statistiques de 2008 du Screen Digest, on voit que la production de films au Québec est très inférieure à celle de la Suisse (58), un pays avec une population semblable à celle du Québec, mais comparable à celle d’autres pays un peu plus populeux que le Québec comme la Suède (23), la Grèce (23), l’Irlande, le Chili (22) ou la Hongrie (24). On peut donc dire que nous produisons un nombre de films respectable par rapport à notre population.

Malheureusement, les recettes des films québécois au box office sont assez désolantes.

En 2009, de tous les films québécois sortis en salle, seulement 2 ont récolté plus d’argent qu’il en a couté pour les produire. Le premier est connu de tous : De Père en Flic de Émile Gaudreault, qui a récolté des recettes exceptionnelles de 10.5 millions de dollars pour un budget d’environ 6,7 millions. Le film a rapporté à lui seul la moitié des recettes du cinéma québécois cette année. Le deuxième ? Eh oui, J’ai tué ma mère de Xavier Dolan avec des recettes de 975 000$ pour un budget de 800 000$.

Les autres films qui ont eu le plus de succès : Dédé à travers les brumes (recettes de 1,75 millions pour un budget de 8 millions), Polytechnique (recettes de 1,75 millions pour un budget de 6 millions) et Les Doigts Croches (recettes de 1,75 millions pour un budget de 5 millions). Les plus grands flops : Pour toujours les Canadiens (317 000$ pour un budget de 6 millions), Le bonheur de Pierre (369 000$ pour un budget de 7.5 millions) et Grande Ourse : La clé des possibles (290 000$ pour un budget 5,5 millions).

Vu les faibles recettes, la grande majorité de ces films sont bien entendu dépendants du financement de la SODEC et de Téléfilm Canada.

Toutefois, malgré l’importance du financement public pour la santé de notre cinéma, il est rare de voir des films à gros budgets récolter le plus de louange. Parmi les 5 films qui ont raflé des prix et qui ont été unanimement appréciés par la critique, seulement 2 ont bénéficiésd’un budget de plus d’1 million de dollars.

Anne Dorval et Xavier Dolan dans J'ai tué ma mère

Ces deux films sont Polytechnique de Denis Villeneuve, qui a remporté il y a 2 semaines le prix du meilleur film canadien selon l’Association des critiques de cinéma de Toronto, et un film en inuktitut : Before Tomorrow de Madeline Ivalu et Marie-Hélène Cousineau, qui, même s’il n’a pas été distribué à grande échelle, a récolté 4 nominations pour les prix Jutra le 31 mars prochain.

Les autres films qui ont été encensés par presque tous les critiques sont:

- J’ai tué ma mère de Xavier Dolan : gagnant de 3 prix au fameux festival de Cannes malgré un budget d’à peine 800 000$ (dont 150 000$ des poches de Xavier lui-même)

- Nuages sur la ville de Simon Galiero: produit pour la minime somme de 300 000$ et gagnant du prix du meilleur film canadien au Festival du Nouveau Cinéma. (pas de distribution à grande échelle)

- À quelle heure le train pour nulle part de Robert Aubin: tourné en Inde pour 40 000$ avec une équipe de 3 personnes… le film de l’année selon certains! (pas de distribution à grande échelle)

Assez ironique que 3 des 5 «meilleurs» films québécois de l’année n’aient même pas été distribués, non? Mais bon… vous avez quand même la possibilité de voir ces 5 films aux Rendez-vous du cinéma québécois cette semaine.

En attendant voici la bande-annonce du film Nuages sur la ville.

Voilà pour le cinéma québécois en 2009. Espérons maintenant le meilleur pour l’année 2010. Avec les Sept Jours du Talion de Podz (voir notre entrevue avec lui), je crois que ça commence bien.

colio

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