Entrevue : Pédo Pedro et ses Enfants

Pedro Lopez est une figure incontournable de l’underground punk montréalais. J’ai eu la chance de le rencontrer: il m’a parlé de sa vie, de musique et de son parcours exceptionnel qui l’a mené d’un demi sous-sol de Pierrefonds aux sous-sols des bars de Montréal.
Voici donc l’entrevue avec l’homme qui se cache derrière les poils de sa moustache. Il nous a un peu livré son cœur (qui se cache derrière les poils de son torse).

- Fab4 : Bonjour Pedro Lopez, comment ça va aujourd’hui ?

- Pedro Lopez : Ça va très bien, ça va même particulièrement bien. C’est parce que je suis dans un nouveau programme de croissance personnelle. C’est même épuisant d’être aussi bien, autant bien, si souvent bien, exponentiellement bien !

Pedro Pedro: heureux ! (photo fab4)

- Fab4 : Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

- Pedro Lopez : J’ai fait du re-born il n’y a pas longtemps. Comme tous les grands hommes, j’ai dû toucher le fond du baril pour enfin renaître. Avant de renaître, je menais une vie déplaisante, ennuyante. Une vie triste dans un demi sous-sol de Pierrefonds. Une vie vraiment floue. Je n’ai plus beaucoup de souvenir de cette existence. Mais là,  je suis comme une nouvelle personne. J’ai le cœur d’un enfant, l’esprit extrêmement lucide. Je suis comme un bébé : ma peau est devenue plus douce, j’ai arrêté de perdre mes cheveux, mes poils sont devenus plus soyeux. Ça a été un accouchement assez difficile. Je suis re-né dans la douleur. J’ai fait une croix sur toute la vie de souffrance qu’il y a derrière moi. C’est pour ça que j’ai décidé de me re-baptiser Pedro Pedro. Je suis mon propre fils, je suis re-né de moi-même.

- Fab4 : Peux-tu nous parler de ton éveil à la musique et des artistes qui t’ont marqué ?

- Pedro Lopez Pedro Pedro : Je voulais faire de la musique avant même de savoir en jouer. Je voulais être Garou ou Luc Plamandon. Ils m’ont beaucoup inspiré. Luc Plamandon, pour sa façon de sous-entendre de grandes choses à travers des paroles insignifiantes. Pis Garou pour sa virilité un peu cassée. Le tombeur désabusé, de passion blasée. Mais c’est sûr que depuis qu’il sort avec Lorie c’est plus pareil. Mon monde s’est écroulé quand j’ai appris ça. Ces deux artistes m’ont donné l’impulsion première, très jeune je me suis dit: « Ah oui ! Je veux faire comme Garou ». Mais c’est clair que je n’avais pas son talent. Alors assez vite je suis allé vers la punk underground. Où on peut être professionnel sans aucun talent. Ça c’est important.

Pedo Pedro rencontre Normand L'Amour

- Fab4 : Et les groupes d’aujourd’hui que tu écoutes ?

- Pedro Pedro : C’est sûr que, musicalement, le groupe qui m’inspire beaucoup aujourd’hui c’est Normand L’Amour. La découverte de Normand L’Amour a été comme une révélation. Normand est capable de générer des paroles de façon ” diarhéenne “. C’est comme une discipline mentale, un peu comme du yoga ou de la méditation, il produit un genre de vomi continu de paroles qui crée du sens. Un grand artiste, c’est un peu un descendant de Borduas, Riopelle et tout le courant automatiste. Et bien sûr, son aspect spirituel auquel je m’identifie beaucoup. Pis pour l’avoir  rencontré c’est vraiment un personnage impressionnant.

- Fab4 : Présente-nous les musiciens qui t’entourent :

- Pedro Pedro : À la guitare-jouet: Albert Lacracalère. Ce cher Albert est un enfant de la rue, aux origines floues. Il vient de l’est. Peut-être de l’est du Canada. Il était dans la rue à hurler au coin de St-Hubert et Bélanger, je l’ai accueilli sous mon aile : un peu de chaleur, de réconfort et de nourriture. Le batteur, rencontré sur Internet, Conan Moulant. C’est plus dur de communiquer avec lui, on a une relation très instinctive ensemble. Le nouveau bassiste : Jumbo Nova. Le fils illégitime d’Aldo nova, musicien de air métal. Abusé et mal traité par sa rockstar de père, il a trouvé lui aussi du réconfort parmi nous. On est comme une grande famille puis on accueille tout le monde bras ouverts. C’est ça aussi mon côté croissance personnelle.

une guitare jouet dans le tapis : élément essentiel à la musique de Pédo Pedro

- Fab4 : Maintenant que le groupe est présenté, comment décrirais-tu votre musique ?

- Pedro Pedro : Y a quelque chose de synthétique et en même temps c’est très charnu. C’est très humain : il y a du poil, de la sueur, de l’énergie. Des fois des rythmes cha-cha, tropicaux, joués à toute allure de façon étrange, accompagnés d’une guitare-jouet qui crie comme s’il fallait la nourrir sans arrêt, et une basse ténébreuse. Donc c’est du punk-post-punk-new-wave-pop-yéyé-rockandroll (et un peu de twist).

- Fab4 : Olivier Lalande, dans le Voir de cette semaine ( ici ), dit que Pédo Pedro est « toujours recommandable ». Es-tu d’accord ?

- Pedro Pedro: (Rire) Oui oui, c’est clair, recommandez-nous (rire un peu inquiétant). Ouvrez les portes de vos maisons, de vos écoles. Mères de famille, envoyez-nous vos filles ! C’est un bon apprentissage de la vie; un apprentissage qui dure, juste et bon.

- Pour l’instant, il n’y a qu’un maxi disponible, mais un album est en route. En attendant, il y a le myspace : ici et les bars :

Pédo Pedro est en concert ce soir au Cégep du vieux Montréal.

Vous le retrouverez aussi demain (mercredi 10) sur la scène du Piranha bar, en compagnie du groupe J’ai le cancer.

Fab4

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